CHASSIS

C'est drôle, au moment de l'achat je ne me suis jamais inquiété pour l'état du chassis. C'est une TR4 non IRS, le chassis est donc réputé solide, et une inspection rapide du véhicule avait montré un chassis relativement bien protégé par une bonne couche d'un mélange visqueux de type "huile-boue".

Après démontage de la carrosserie, pas de surprise particulière. Une série de mesures confirmait que le chassis était droit.

J'attaquais alors le démontage des trains roulants. Tiens, sur le train avant gauche, une des pattes de fixation du bras de suspension inférieur est dessoudée... Tiens, on dirait pourtant d'après les brasures pas trop propres qu'elle avait déjà été ressoudée... Je poursuis le démontage, libérant les bras de suspension supérieurs, puis tout le train avant.

Contemplant enfin le chassis nu, il y a un truc qui cloche ... HORREUR ! les supports des bras de suspension côté gauche sont complètement de travers ! Et à bien y regarder, à droite c'est un peu tordu aussi.



Un examen plus approfondi me révèle sans doute possible que la voiture a tapé à gauche, et que le carrossier qui a réparé le chassis ne s'est visiblement pas embarassé des problèmes de géométrie. Dommage que je n'ai pas conduit cette voiture avant de la démonter, à mon avis cela ne devait pas être triste !


La patte de fixation du support de bras de suspension inférieur (lower fulcrum pin) avait été ressoudée. Cela n'a pas tenu.
Le support de suspension supérieur (upper fulcrum pin) est un peu tordu. A changer ! Notons également le trou de passage de l'axe d'amortisseur qui a été élargi par l'usage. Un patch sera nécessaire pour éliminer cet ovale.
Sur ce cliché de côté, on voit les dégâts occasionnés au chassis (1), dont la poutre est gondolée. En (2) on voit que non seulement la patte a été soudée de travers horizontalement, mais aussi verticalement ! Quel monticule de soudure ! En (3) la soudure a sauté, comme le montre la photo suivante !
Sur ce détail on voit que la soudure de réparation du support inférieur n'a pas tenu, ce qui parait assez logique puisque le non parralélisme des supports a dû faire exercer sur eux un stress assez important. Ceci explique aussi je pense la rupture de l'autre patte de fixation. Notons enfin que la face de la tourelle d'amortisseur est bombée au niveau de cette soudure.
Mais ce n'est pas tout ! Un nettoyage scrupuleux des montants de la tourelle révèle des fissures importantes !
Ceci est vrai des deux côtés. Cette partie de la poutre sera donc à remplacer.
Toujours du côté gauche, la fixation de la tourelle d'amortisseurs a laché !
La colonne de direction a aussi visiblement été brisée. Heureusement, cette soudure a tenu ...
Au niveau des tourelles, les cotes officielles du chassis donnent deux demi-distances de 38.56 cm (mesure [1] du diagramme ci-contre), soit un total 77.12 cm d'une tourelle à l'autre, alors que chez moi la distance est de 76.5 cm, et les demi-distances varient un peu d'une tourelle à l'autre.

Je ne connais pas la tolérance sur les mesures du chassis (ou formulé autrement : à partir de quel point le conducteur sent-il que la voiture n'est pas saine) ? Dans tous les cas, la tourelle gauche va devoir être déshabillée pour remettre tout d'équerre, et il sera alors possible le cas échéant de la redresser.

Premier bilan - Deux solutions s'offrent à moi : réparer ou remplacer. Réparer implique des travaux de soudure, mais ne nécessite pas forcément un marbre. Remplacer nécessite de trouver un chassis de remplacement sain, et de l' acheminer, ce qui n'est pas vraiment aisé dans un sens ni dans l'autre. Il existe également des chassis neufs, mais ce n'est pas franchement donné. Je décide de réparer.


A faire sur le chassis :

Le diagramme ci-dessous montre les zones à réparer :

SUPPORTS DE TRAIN AVANT GAUCHE

L'examen ci-dessus ayant révélé un état irréversible de la région du support de train avant gauche suite à un choc important, il faut opérer pour en avoir le coeur net et préparer une remise à neuf !

Tronçonnage

Je procède petit à petit en tronçonnant les supports de l'axe inférieur (lower fulcum pin), puis le support moteur. Comme c'est souvent le cas, le résultat est encore pire que je ne l'imaginais !

En cours de tronçonnage du support moteur, pour dégager l'axe inférieur de suspension.
Je savais que le carrossier qui a réparé le support de suspension n'avait pas un compas dans l'oeil, mais avec cette soudure les problèmes d'alignement prennent une dimension carrément cocasse.
Côté tourelle, la zone de contact entre la patte de renfort du support d'axe inférieur et la tourelle est très fragilisée, la tôle s'arrache toute seule lorsque je veux tronçonner.
En meulant les soudures grossières du support d'axe inférieur, je découvre que la tôle de la poutre avait été arrachée et rebouchée tant bien que mal. Je décide de découper. Le même problème se produit de l'autre côté.




Le travail de tronçonnage terminé.

On voit disctinctement les deux découpes effectuées dans la poutre correspondant aux anciens emplacements des supports d'axe de suspension inférieur, qui avaient été bien mal alignés et ressoudés.

La tourelle a également été dégagée et est prête a recevoir un patch.

Réparation

Pour préparer cette opération, j'ai réalisé un petit synoptique avec les éléments manquants et l'ordre dans lequel l'assemblage sera réalisé :



1- toute la partie inférieure de la poutre de la tourelle d'amortisseur va être remplacée, après avoir si nécessaire redressé la poutre (géométrie).
2- sur le chassis, les 2 trous rectangulaires laissés par le découpage des supports d'axe inférieur mal réparés doivent être patchés, après avoir traité l'intérieur des cavités.
3- un support moteur (en orange) doit être réalisé ou acheté, et soudé au chassis d'une part et à la tourelle d'autre part.
4- les pattes et renforts de fixation de l'axe inférieur (en vert) doivent être également mis en place.
5- ne pas oublier de faire passer l'axe inférieur (lower fulcrum pin) à travers tous ces supports en respectant la géométrie (parralélisme et horizontalité) ! Il s'agit d'obtenir un résultat supérieur à la configuration d'origine !

On commence, avec le façonnage des toles de remplacement.
Les patchs sont soudés. Je vais pouvoir mettre en place le support moteur.
Voici le support moteur positionné juste avant de souder, après des heures d'ajustement. Notez la ficelle blanche qui détermine l'alignement de l'axe de bras de suspension (lower fulcrum pin).
Le support soudé. A la réflexion et vu le temps qu ça m'a pris de le rectifier, la prochaine fois je ferai la pièce moi-même, ça ne me prendra pas plus de temps et j'aurai économisé 150€ :-)
Ajout du renfort avant et de la patte sur laquelle sera vissé le support d'axe une fois le train avant remonté. Rappellez-vous, c'est ce support qui était arraché lors du démontage du train avant.
Gros plan des soudures en partie arrière. J'ai vraiment pris soin de régler les paramètres du MIG pour offrir une très bonne pénétration, et donc une résistance optimale des soudures.

Voilà, les travaux de réfection des supports de train avant gauche sont terminés. Cela n'aura finalement pas été la mer à boire.


SUPPORTS DE TRAIN AVANT DROIT

On a vu lors de l'examen initial du chassis que le support de train avant droit était légèrement tordu. Un examen plus attentif révèle que la fixation a subi une poussée vers le haut et l'intérieur, ce qui l'a légèrement déformé, surtout en arrière du support moteur, probablement suite à un choc. Les conséquences en sont un début d'arrachement des points d'ancrage au chassis, une fissuration de la poutrelle (comme sur le côté gauche), et une déformation de l'axe de suspension.

Je considère que la déformation de l'axe de suspension est dans les tolérances, je n'y touche pas. Je dois par contre renforcer ou refaire les soudures qui le nécessitent.


POINTS A SURVEILLER

Suite aux échanges de mail et aux informations glanées ici ou là, voici la liste des points à surveiller plus particulièrement sur le chassis de la TR4 (pour l'IRS la liste est beaucoup plus longue !

  1. montants diagonaux de renfort des tourelles d'amortisseurs avant, qui ont tendance à rouiller de l'intérieur. le forage d'un trou de drainage est recommandé.
  2. supports de boite soudés au chassis, qui présentent souvent des craquelures.
  3. tube supportant la fixation arrière des lames d'amortisseurs arrière.
  4. tubes supportant les fixations de la carrosserie.
  5. fixation de support de direction.
le diagramme ci-dessous reprend tous ces points :


J'ai donc foré un trou de drainage au bas de chaque montant diagonal de renfort de tourelle d'amortisseur.

A gauche .... de la rouille sort en effet du trou.
A droite, rien à signaler. J'injecterai de la cire une fois le chassis peint.

SABLAGE ET PEINTURE

Le sablage du chassis éliminera bien sûr toute la rouille de surface, mais qu'en est-il de la rouille bien établie à l'intérieur des poutres ? Cette rouille est bien visible depuis le bout du rail arrière, et il en est donc de même dans toutes les sections.

Il va falloir stabiliser la rouille en projetant une cire corps creux. Au niveau rigidité, il est clair qu'il faut ausculter et éprouver le chassis pour en détecter d'éventuelles faiblesses structurelles dues à une corrosion interne.

Le chassis prêt à être sablé, cavités bouchées et l'air finalement assez vulnérable ...
De retour de sablage, tout propre et apprêté.
Vu les coins et recoins du chassis, il était prévisible que le sablage ne pourrait tous les atteindre. Commence alors un laborieux examen qui dévoile un ensemble de cavités comportant encore une grosse couche de terre graisseuse qu'il faut alors gratter et dégraisser à la main. C'est le cas de la section centrale qui n'a pas été complètement vidée, ainsi que toutes les poches et points de rencontre à angle aigu de 2 poutres. Je vais traiter ces zones encore rouillées au POR-15 avant de peindre.
Toutes les soudures sont vérifiées à nouveau et la solidité structurelle contrôlée. Le sablage a transpercé légèrement la tole en bas du montant diagonal gauche de renfort de tourelle d'amortisseur, confirmant une forte corrosion à l'intérieur de la poutrelle. Je vais devoir refaire un cordon de soudure sur toute la base de raccordement. A part cela, la structure parait saine et il ne reste qu'à la peindre.
Les renforts sont soudés. Le chromate de zinc perturbe l'arc et et il est très difficile de faire prendre le cordon.
Les travaux de peinture commencent. J'utilise une peinture epoxy bi-composants Restom.
Vu les nombreux coins et recoins, le pistolet est un assistant indispensable.
Typiquement, la zone des supports de train avant et des tourelles d'amortisseur ne peut être peinte qu'au pistolet.

Le travail de retouche s'ensuit, il y a plein de petites zones oubliées par le pistolet, il faut prendre son temps avec un bon éclairage et tout vérifier.


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