AILES ET OUVRANTS

Avant d'envoyer la voiture chez le peintre, il me reste à préparer les ailes et les ouvrants.

Les portières, le capot avant et le coffre sont en bon état, un petit décapage devrait suffire.

Côté ailes, par contre, c'est carrément coton. Les ailes d'origine sont pourries, j'ai eu l'occasion de le vérifier dès le début de la restauration au démontage. Des ailes neuves sont très coûteuses (pourquoi ? monopole de British Heritage ...) et probablement pas parfaites, comme beaucoup de pièces de refabrication. Ce double constat m'a fait accumuler un petit stock d'ailes que j'ai eu l'opportunité de récupérer de ci de là. Je suis donc aujourd'hui à la tête d'un cheptel de 3 paires d'ailes avant et autant d'arrières, toutes différentes !

Lesquelles choisir ? Je me fonde sur leur état, qui peut être trompeur, et sur leur ajustement à ma caisse, ce qui n'est pas évident. Par exemple pour les ailes arrière, un problème se pose rapidement. Une des paires d'ailes de remplacement est en relativement bon état mais elles sont moins galbées, un peu plus longues et plus hautes que les ailes d'origine.

Commençons par voir si les ailes qui paraissent les plus séduisantes n'ont rien à cacher. C'est pas que je sois méfiant ....

Le suspense n'aura pas duré longtemps. Comme de veilles stars hollywoodiennes replatrées, mes belles ailes révèlent leur grand âge, et sont passées entre les mains de plasticiens peu scrupuleux ...

Cette aile arrière a subi une greffe pas très catholique ...

Quant à la bordure de celle ci, c'est carrément de la chirurgie lourde. Visiblement ce carrossier avait économisé l'argent d'un MIG pour s'offrir des kilos de mastic !

L'autre aile arrière a été étamée sur de la rouille. Même si le plomb résiste côté pile, côté face une fois le mastic ôté c'est plutôt navrant.

Les tôles d'attache des ailes sont à reprendre également.

Le clou revient quand même à cette aile avant, dont le galbe était trop parfait pour être vrai. Et là, je tombe sur une mine de mastic à ciel ouvert !

Après avoir attaqué ce bloc au pic et au marteau, je dégage une pépite d'un kilo de mastic, qui cachait ... un choc qui a bien enfoncé cet entourage de phare !

Il est temps de choisir 4 ailes et de s'y tenir. Première chose, remonter les portières, puis de chaque côté sélectionner une aile arrière et une aile avant dont les alignements sont satisfaisants.

Du côté arrière droit, je n'ai pas vraiment le choix, je vais devoir travailler avec cette aile rouge, même si il y a du boulot dessus, c'est en effet celle qui s'ajuste le mieux du côté du feu arrière.

A l'avant, j'ai sélectionné une aile verte qui est en bon état. Par contre, impossible d'obtenir un alignement vertical correct avec la portière. J'essaye même une autre portière (la portière d'origine en mauvais état) pour voir si cela ne vient pas de cette dernière, mais non, cela donne le même résultat.

Heureusement, j'ai un peu plus de choix dans les ailes avant !

Je choisis cette aile de TR4 IRS, qui a vécu mais offre un alignement impeccable !

Côté gauche, j'ai heureusement moins de problèmes de choix. Les ailes sélectionnées s'ajustent correctement.

Sans anticiper les étapes suivantes, un nouvel aperçu d'une première restauration mise à nu. Cela a du être fait dans un hopital de campagne, à la bougie ! C'est gondolé et à refaire.

Côté capot, je reprends les ajustements. Tout d'abord, je suis gêné car les bordures d'ailes que j'ai refaites se sont tordues pendant la soudure à cause de la chaleur. J'ai donc un premier travail de rectification pour les rendre rectilignes et que l'alignement avec le capot soit bon.

J'attaque maintenant le travail sur les ailes proprement dites.

Aile arrière droite

l'aile est globalement en bon état. Seul le bout de l'aile près du feu est à reprendre.

C'est un travail classique : d'abord la découpe.

Une tôle est formée selon le galbe voulu. Je fais cela en enroulant la tôle autour de tubes de différents diamètres.

La tôle est soudée. Pour éviter les déformations, je soude très lentement par petits points.

Une fois la grosse couche de mastic retirée et la tôle à nue, on se rend compte que l'aile a par la passé subi un choc qui l'avait probablement comprimée. Voici le résultat du travail honorable du carrossier de l'époque pour la remettre en forme.

Du côté du galbe principal, la lumière d'hiver fait ressortir d'étranges spirales. Il s'agit de traces laissées par une technique de rétreinte bien connue des vieux carrossiers. Elle consiste en utilisation d’une batterie de voiture, d’une électrode en charbon cuivré, appelé «la carotte» pour sa couleur, et d’une paire de câbles de démarrage pour chauffer ponctuellement la tôle (remerciements à georgesgr pour cette explication).

Sous ces spirales, la tôle est encore gondolée et allongée. Pour en mesurer l'ampleur, je déplace une règle sur la surface.

Je peux ainsi dégager des zones de pics et de vallées, que je délimite. La prochaine étape est de travailler au tas et au marteau pour faire remonter les vallons et aplanir les pics. J'emploie la technique dite "hammer off dolly" qui consiste à soulever un vallon avec le tas et à taper autour pour aplanir les limites. Ceci marche très bien et est préférable sur cette aile à la technique "hammer on dolly" où l'on tape au dessus du tas, car cela risque d'étirer la tôle qui l'est déjà un peu trop. En effet dans mon cas je chercherais plutôt à restreindre!

La règle permet de contrôler la progression du travail. La tôle étant un peu étirée, les vallées ont tendance à se déplacer, la tôle se structure. Pour le moment, je n'en suis pas encore à restreindre la tôle en chauffant par exemple, je veux d'abord voir jusqu'où je peux aller.

Une fois le gros du travail de débosselage réalisé, je vaporise une trace de ponçage sur toute la surface travaillée, et en quelques coups de rape je repère les pics subsistants afin d'y apporter un peu d'attention. Je ne suis pas un puriste, le résultat me satisfait : il ne faudra pas trop de mastic pour aplanir tout cela !

Aile arrière gauche

Partout où deux tôles ont été superposées s'est incrustée la rouille. C'est le cas du montant vertical qui a fini par réduire la tôle près du bord à de la dentelle. Une ancienne restauration grossière est à reprendre. Après découpe et décapage du verso, on peut présenter une tole de remplacement.

Le résultat en cours d'ébardage.


Vu la couche de mastic et afin de ne rien laisser échapper, je décape cette aile jusqu'à la tôle nue, à l'aide d'un chalumeau, d'un ciseau à métal et d'un peu de patience.

C'est toujours un peu émouvant de retrouver une tôle nue ... Pas de mauvaises surprises en tous cas, il reste un bout à reprendre vers le feu arrière, comme prévu. Les traces noires sont les parties dont la peinture avait éclaté et qui avaient rouillé.


Il me reste cette vieille rustine à reprendre, près du feu arrière. Le travail est ici aussi assez classique : d'abord la découpe.

Un canyon du colorado ? Pas du tout, des concrétions de rouille et de vieux mastic découverts au verso de cette vieille tôle.

Le formage de la tôle de remplacement fait appel à un matériel de pointe.

Ce n'est pas si simple que ça car le rayon n'est pas constant, mais en travaillant le galbe sur différentes formes, on obtient un résultat satisfaisant.

Le soudage est délicat, la tôle se déforme toujours un peu même en prenant tout son temps et en faisant de petits points de soudure. Il faut alors reprendre un peu au marteau et au tas.

Le résultat est propre.

Côté verso, une fois le nouvau rabat soudé.

DRESSAGE ET SURFACAGE

les ailes et ouvrants sont réparés, la prochaine étape avant peinture est le dressage / surfaçage des volumes afin que toutes les parties visibles aient une surface impeccable, ceci en compensant les petites irrégularités de niveau par étamage pour les puristes ou plus simplement à l'aide de mastic.

La clé est bien sûr d'avoir une surface initiale la plus proche possible de sa forme finale, et de n'appliquer qu'une couche fine de mastic.

Dans mon cas, inutile de se voiler la face, ceci restera un voeu pieux tant les ailes ont souffert, et même après des heures de martelage, ma technique a atteint ses limites bien avant que les surfaces soient vraiment satisfaisantes. J'assume cet état de fait et tente cependant de respecter les règles de base en masticage permettant de ne pas perdre de vue le galbe idéal : plusieurs couches fines successives plutôt qu'un gros pâté difficile à dégrossir.

Mettons cela en pratique avec cette aile dont le flanc côté portière a été refait. Le reste de la zone a en outre été décapé au burin par un précédent propriétaire probablement ébéniste ou maçon.

Première application de mastic. J'utilise du mastic polyester que j'applique directement sur la tôle passivée par du PHO4090 de Restom.

Le ponçage révèle les pics et les vallées. Utilisant une baguette en alu souple il est facile de contrôler les états de surface. Elle sert également à étaler le mastic au plus proche de la surface souhaitée.

Une vue d'ensemble après quelques couches (donc quelques heures de boulot). Les zones incriminées sur cette aile sont donc le côté portière, et vers le feu arrière la partie que j'avais remplacée.

L'autre aile arrière est celle qui avait pris la grêle. Plus sérieusement c'est celle qui avait visiblement été accidentée, réparée, et que j'ai à mon tour reprise pour rétreindre la tôle. J'ai travaillé à contenir les creux et les bosses dans quelques millimètres. Cette première couche de mastic montre bien l'état de surface assez désastreux, mais qui sera facile à dresser. Après tout avant de la décaper, je pensais bien que cette aile était impeccable !

Vu sous un autre angle, la même aile en fin de dressage, avec les outils indispensables : une rape de carrossier qui permet de sculpter le mastic et révéler les pics de la tôle, le marteau et le tas pour corriger un pic ou un creu excessifs, un bloc à poncer avec une face dure et une face souple, ainsi que des éponges de ponçage pour les parties trop courbes.

Les bordures d'ailes ne sont pas en reste, car elles ont toutes deux eu des greffes de tôle. Leur galbe est complexe car très changeant et devant s'accorder avec celui de l'aile qui leur sera accollée.

Malgré de nombreuses corrections successives, il reste quelques imperfections. Je passe une couche de polyester pistolable, qui me donnera une surface plus unie qu'avec une application à la spatule. Bien sûr ceci demande une préparation plus lourde, et un gros travail de nettoyage du pistolet par la suite.

Après un ponçage au grain moyen, toutes les petites imperfections ont été gommées. Par contre, les trous, même petits, ne sont pas comblés. La couleur unie me permet de les repérer plus facilement qu'avant et de procéder à d'ultimes retouches.

Les ailes avant n'ont pas necessité beaucoup de réparations. Pourtant, elles ont également eu une vie mouvementée et en ont gardé les séquelles.

Le travail de masticage est là aussi fastidieux et long. On distingue ici aussi les portières, en bon état à part quelques bosses.

Côté passages de roue, les surfaces sont apprêtées, application de joint dans tous les recoins, antigravillons et enfin peinture epoxy noire.


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